Uganda Inspiration Tour – Repousser ses limites sans préjugés

Une visite d’inspiration de trois jours auprès des nouveaux entrepreneurs et scale-up ougandais à Kampala permet des rencontres animées, enthousiastes et parfois surprenantes.

 
Jan Flamend : « C’est à la fois étonnant et très inspirant de voir comment les entrepreneurs ougandais font preuve de créativité dans leur approche spontanée et audacieuse. » Bjorn Macauter, directeur général d’OVO, est du même avis : « Cela confirme toute la créativité des entrepreneurs ougandais. On parle beaucoup de faire face aux défis sociaux, mais bien souvent, rien ne bouge. Les entrepreneurs agissent. Just do it ! »
 
Si un projet a été source d’inspiration, c’est bien SafeBoda, une société de moto-taxi du Belge Maxime Dieudonné et de son partenaire ougandais. Le constat de départ : plus de 100 000 « boda boda » (motos) transportaient des passagers souvent sans mesures de sécurité, occasionnant de nombreux accidents. Depuis sa création à l’été 2014, Safeboda a pu convaincre environ 7 000 hommes. On voit ces conducteurs partout, munis de casques orange et de gilets assortis arborant leur nom. Les clients peuvent les appeler grâce à une appli, qui compte à présent 150 000 utilisateurs actifs. « Pour moi, c’était une véritable révélation », raconte Johan Geysen (VITO). « La concrétisation d’une approche durable... Nous avons mis dans le mille ! »
 

Réchauffement climatique

 
L’économie circulaire tourne en Ouganda. TexFad transforme les déchets des tiges de bananiers en briquettes solides (alternative au charbon de bois), tapis ou vêtements. Bio-innovations, dirigée par des Indiens, fabrique également des briquettes (principalement destinées aux écoles) à partir de sciure de bois issue de l’exploitation forestière. Étonnamment, au début, de jeunes garçons du quartier sont venus voir ce qu’il s’y passait, et ont immédiatement imité le procédé de manière simplifiée. L’esprit d’entreprise est dans le sang.
 
 
« La problématique du climat constitue ici aussi un facteur primordial. Finalement, nous avons beaucoup de choses en commun », estime l’investisseur Frans Verschelden. La production d’énergie alternative à l’aide de panneaux solaires connaît un essor fulgurant. L’entreprise belge Tiger Power de Destelbergen vient de signer un contrat avec les autorités ougandaises pour l’installation de trois mini-réseaux. Innovex, spécialisée dans le traitement de données et l’optimisation de l’infrastructure de panneaux solaires, travaille depuis quelques années sur cette solution novatrice et est soutenue par OVO. « On assiste à une innovation spectaculaire. L’Ouganda a l’opportunité d’opérer un saut de génération. En partant d’un désert, le pays entre directement dans l’ère d’Internet », s’exclame Hugo Van de Cauter, investisseur.
 

Reconquérir le marché

 
À Kampala, l’entreprise Livara possède quelques magasins. Cette start-up commercialise des cosmétiques sur le marché africain, jusqu’ici en majorité envahi par des marques occidentales. Elle fabrique toutes sortes de produits de beauté à base d’huile de karité. Un bel exemple de volonté africaine de reconquérir et de s’emparer du marché. « L’action d’OVO est particulièrement inspirante. Ils ne peuvent pas aborder la problématique majeure, mais la collaboration avec les entrepreneurs apporte une certaine force », estime Klaas De Cuyper.
 
« Ce que je retiens avant tout, c’est leur détermination. Ils savent précisément où ils veulent aller, sont très motivés, pas égocentriques et surtout, ils visent l’intérêt de la communauté », confie Anouk Vercauteren. La start-up ZZimba Games a elle aussi fait preuve de toutes ces qualités, et a permis de transmettre des informations aux personnes défavorisées sur la gestion des terres, la sécurité ou la sexualité, grâce à des jeux de cartes et de plateau. L’art de diffuser les connaissances de façon ludique. Ces débutants adoptent souvent une approche pragmatique. À côté de leur entreprise, ils conservent leur emploi et se jettent à l’eau plus tard. Steven Wensel, de l’Unizo : « Leur méthode : chercher une solution à chaque problème, mais de façon consciencieuse jusqu’à atteindre la masse critique. L’engagement social les intéresse énormément. »
 

Soulagement

 
Avec son entreprise ECOaction, un artiste de 26 ans améliore le quotidien de communautés entières dans trois bidonvilles de Kampala. Le ramassage du plastique principalement permet de dépasser un peu la pauvreté, ce qui représente un bienfait non négligeable. Le projet a déjà reçu de nombreuses louanges. Sur place, l’enthousiasme était extraordinaire : « Don’t forget to dance! » « C’est étonnant de voir à quel point ces gens sont joyeux malgré la pauvreté. En Europe, nous avons tout et nous restons souvent indifférents », observe Vincent Vandercruys, étudiant à l’école Thomas More. Bregt Vervoort, un condisciple, ajoute : « Beaucoup de gens en Flandre ne comprendraient pas ce que nous vivons ici. » Florette Achten a également été émue par cette histoire.
 
« Il faut oser franchir ce pas vers l’inconnu, repousser ses limites. Si nous y parvenons, de nombreuses opportunités s’ouvrent à nous. Toutefois, en tant qu’entrepreneur belge, il ne faut pas être naïf. Il faut toujours faire preuve de bon sens », conclut Jan François, investisseur.