L’essor de l’entrepreneuriat dans le Sud réduit-il les migrations ?

« Les migrants sont les meilleurs entrepreneurs »

Il ne faut pas se faire d’illusion, les migrations existeront toujours, voire s’intensifieront, mais il s’agit aussi d’une opportunité. Cependant, encourager l’entrepreneuriat local est indispensable pour la prospérité, la santé et la formation. Tel était le thème général de la conférence d’OVO : « Le développement de l’entrepreneuriat dans le Sud , une solution pour le problème des migrations ? »

 
Le président d’OVO, Luc Bonte, a d’emblée annoncé la couleur : « Le phénomène migratoire du sud vers le nord ne diminuera pas au cours des prochaines décennies, bien au contraire. » D’après certaines études, l’exode ne sera freiné qu’au moment où le revenu annuel moyen atteindra le niveau de 8 000 à 10 000 dollars. « Avant cela, l’attrait des pays plus riches demeure très fort. »  L’administrateur délégué du VOKA, Hans Maertens, le confirme également : « La migration économique est vieille comme le monde. Les humains se sont toujours déplacés pour s’installer où la vie est meilleure. » Mieux encore, « Les migrants sont les meilleurs entrepreneurs », affirme Eugenio Ambrosio, directeur régional de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).
 

Un degré de numérisation élevé


Le professeur Jonathan Holslag de la VUB estime que stimuler l’entrepreneuriat ne change pas beaucoup les choses. « Le problème, c’est que l’Afrique n’est absolument pas industrialisée. Contrairement au reste du monde, le continent compte à peine 900 robots. » Depuis 2012, le revenu national brut a même diminué chaque année pour atteindre 2 100 dollars. « Certes, de nombreux Africains possèdent un smartphone et le degré de numérisation est élevé, mais celui-ci doit aller de pair avec la connectivité traditionnelle : des routes en bon état et des transports de qualité. »

Parallèlement, Jonathan Holslag relativise le problème des migrations : « Sur les 1,4 milliard d’Africains, seule une petite partie quitte le continent. » C’est également le point de vue de Laura Palatini, chef de mission Belux pour l’OIM. « On entend trop parler des tragédies, et pas assez des faits. » Les migrations concernent 3 % de la population mondiale, mais représentent 10 % du revenu national brut. Chaque année, la diaspora envoie énormément d’argent au pays d’origine.
 

Fuite des cerveaux


« Le soutien économique ne mettra pas fin aux migrations, mais il est impératif pour le développement d’un pays, pour éviter la fuite des cerveaux », explique Jean-Françoise Maystadt, professeur associé de l’Université d’Anvers. Cependant, Hans Maertens souligne que nous avons besoin de ces cerveaux : « Au cours des cinq prochaines années, 350 000 Belges prendront leur retraite, alors que l’afflux ne sera que de 250 000 personnes. »

Parallèlement, il affirme que « l’entrepreneuriat aidera inévitablement l’Afrique. Même si celui-ci est insuffisant et arrive trop tard, nous devons nous y engager pleinement. » La formation, la stabilité politique et la transparence sont indispensables pour ce faire. Assita Kanko, fondatrice de Polin, aborde les inégalités entre hommes et femmes, mais affirme qu’il « existe un énorme potentiel en Afrique. Nous devons simplement montrer une autre image de l’Afrique. » Toutefois, d’après elle, la question est de savoir si l’entrepreneuriat mènera réellement à une amélioration du respect.
 

La formation et le développement


L’histoire de l’entreprise belge Denys de Wondelgem, particulièrement active en Afrique, apporte un réel soulagement. Le spécialiste de la tuyauterie et des infrastructures enregistre un chiffre d’affaires de 370 millions d’euros et compte 2 500 travailleurs, dont plus d’un tiers est originaire d’Afrique. « Nous devons former des managers africains et leur donner l’opportunité de se développer. En effet, les Européens coûtent bien trop cher et rien ne justifie que des Africains qualifiés ne puissent pas assumer les tâches de nos expatriés. C’est déjà le cas pour 50 % des fonctions supérieures », explique le directeur général Bruno Geltmeyer.
 
« Tant les pays d’accueil que les pays d’origine doivent travailler sur la gestion de la migration économique. Stimuler l’entrepreneuriat local est particulièrement important, car il permettra de créer une classe moyenne qui poussera les gouvernements à mettre en place une bonne gouvernance et à diminuer la corruption », résume le modérateur et collaborateur d’OVO, Freddy De Mulder. « Le transfert de connaissances et le financement tels qu’ils se font chez Entrepreneurs pour Entrepreneurs peuvent certainement y contribuer. »
 
La conférence d’OVO s’est tenue dans l’auditoire de BNP Paribas Fortis à Bruxelles, qui a accueilli plus de 200 participants.
 
Photos: Peter Mockers